Sisina
Charles Baudelaire — Les Fleurs du Mal
SISINA
lmaginez Diane en galant équipage,
Parcourant lesforêts où hattant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers!
Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,
Excitant à I'assaut un peuple sans souliers,
La joue et l'œil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?
Telle Ia Sisina! Mais Ia douce guerrière
A l'âme charitable autant que meurtrière;
Son courage, affole de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son cœur, ravage par Ia flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un reservoir de larmes.
lmaginez Diane en galant équipage,
Parcourant lesforêts où hattant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s'enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers!
Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,
Excitant à I'assaut un peuple sans souliers,
La joue et l'œil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?
Telle Ia Sisina! Mais Ia douce guerrière
A l'âme charitable autant que meurtrière;
Son courage, affole de poudre et de tambours,
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son cœur, ravage par Ia flamme, a toujours,
Pour qui s'en montre digne, un reservoir de larmes.