Beauté (La)
Charles Baudelaire — Les Fleurs du Mal
LA BEAUTE.
Je suis belle ô mortels! Comme un rêve de pierre
Et mon sein où chacun s'est meurtri tour à tour
Est fait pour inspirer au poëte un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans I’azur comme un sphinx incompris;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poëtes, devant mes grandes attitudes
Que j'ai l'air d’emprunter aux plus fiers monuments
Consumeront leurs jours en d’austères études;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants
De purs lavoirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Je suis belle ô mortels! Comme un rêve de pierre
Et mon sein où chacun s'est meurtri tour à tour
Est fait pour inspirer au poëte un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans I’azur comme un sphinx incompris;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poëtes, devant mes grandes attitudes
Que j'ai l'air d’emprunter aux plus fiers monuments
Consumeront leurs jours en d’austères études;
Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants
De purs lavoirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Recitations
- Georges Chelon
- Jacques Roland
- Léo Ferré