II Le Parfum
Charles Baudelaire — Les Fleurs du Mal
LE PARFUM.
Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d'encens qui remplit une église,
Ou d'un sachet le muse invétéré?
Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré!
Ainsi I'amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille Ia fleur exquise.
De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l'alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,
Et des habits, mousseline ou velours,
Tout impregnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.
Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d'encens qui remplit une église,
Ou d'un sachet le muse invétéré?
Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré!
Ainsi I'amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille Ia fleur exquise.
De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l'alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,
Et des habits, mousseline ou velours,
Tout impregnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.